Allocation universelle

Si j’ai beaucoup tardé à publier ce billet sur l’allocation universelle, c’est que le sujet est vaste et ne pourra manifestement pas être résumé en 365 mots. Il s’agit donc plus d’un condensé de ce que j’ai pu retirer de diverses conversations sur le sujet et de divers calculs que j’ai pu faire. Pour les sources, je me suis appuyé sur les travaux de C. Landais, Th. Piketty et E. Saez dont j’ai déjà parlé ici. Pour comprendre de quoi il s’agit de manière superficielle, l’article Wikipédia sur l’allocation universelle devrait être approprié.

Il s’agit de fournir à chaque citoyen d’un pays une allocation qui lui permette de vivre décemment en dehors de tout revenu du travail. Je vais passer rapidement sur l’intérêt de mettre en place une telle mesure, plusieurs ouvrages très complets ayant abordé le sujet.

La part du gateau

L’allocation universelle n’est pas une énième mesure publique une réelle révolution sociale et culturelle. La mettre en œuvre dans notre pays ne peut se faire dans l’improvisation.

Premièrement, les opposants sont nombreux à ne pas comprendre qu’on puisse recevoir un revenu de la communauté sans contrepartie liée à un emploi, en somme, être « payé à ne rien faire ». La mise en œuvre devra donc être expliquée et adoptée par la majorité, ce qui n’est pas gagné.

Deuxièmement, l’improvisation n’est pas une option car une telle mesure coûte extrêmement cher et est impossible à mette en œuvre sans revoir de fond en comble les politiques de finances publiques. Pour que l’allocation universelle soit efficace, il faut qu’elle sorte chacun de la pauvreté dont le seuil est à 880 € par mois. En comptant un montant de 190 € pour les mineurs, remplaçant l’ensemble des allocations familiales et 880 € par mois pour les adultes, elle coûterait 550 milliards d’euros par an.

Comment financer une telle somme ? La suppression aides existantes (RSA, APL, allocations diverses,… pour 60 milliards d’euros), la répercussion de ce revenu complémentaire, évidemment imposable, sur les recettes de l’impôt sur le revenu (IRPP) pour 35 milliards laisserait quand-même 455 à trouver. Simplement augmenter l’IRPP ne suffirait pas : pour atteindre l’équilibre il faudrait que chacun paye un impôt de 50 %, ce qui est difficilement acceptable.

En réalité, il faut une révision complète des politiques de dépenses publiques. Toutes les dépenses non régaliennes (équipement, éducation nationale, défense,…) devront être revues et réduites, toutes les incitations fiscales devront être supprimées. Les assurances chômage et vieillesse verront également leur coût réduit en raison de la prise en compte de l’allocation dans le montant versé mensuellement.

L’allocation universelle allie donc une très forte redistribution des richesses à connotation socialiste et une vision très libérale de la société où il n’y a non plus un État providence mais 65 millions de citoyens qui gèrent librement et indépendamment leur protection sociale.

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2 Responses to “Allocation universelle”

  1. 22 avril 2011

    revenudebase Répondre

    Depuis ce post, le sujetà été très bien traité sur http://www.tetedequenelle.fr/2011/04/mauvaises-raisons-revenu-de-vie/comment-page-1/#comment-9388 et on trouvera d’autres explications encore sur http://revenudebase.free.fr/ > menus thématiques >financement

  2. 5 juin 2011

    Theophile Répondre

    En réalité on fait une erreur lorsqu’on dit qu’avec l’AU les dépenses non strictement régaliennes doivent être réduites. Non, elle doivent être tout simplement facturées ou faire l’objet d’une redevance. Si par exemple l’enseignement est facturé avec la possibilité d’emprunter et d’étaler la dépense sur plusieurs années (pour les années de lycée ou de supérieur qui sont plus coûteuses que les années de primaire), on comprend alors que l’AU peut être la même pour tous (mineur et majeur) et significativement importante puisqu’elle couvrirait ce coût. En réalité il faut redistribuer à parts égales tout ce qui est prélevé en tenant compte des facultés contributives (cas de l’impôt direct et de la CSG) et par contre faire payer au juste coût y compris de façon dépéréquée tout service réellement rendu. Il resterait la TVA pour le régalien strict (ça boucle à peu près).

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