Je n’arrive pas à ne pas aimer Houellebecq

on 15 septembre 2011 | 4 Comments

Alors que les médias nous informent que depuis quelques jours nous n’avons plus aucune trace de lui, je ne peux m’empêcher de revenir sur ma relation littéraire avec Michel Houellebecq dont j’ai à peu près tout lu.

Houellebecq

C’est un auteur qui laisse invariablement des sentiments partagés à ses lecteurs et dont l’image, renforcée par le prisme peoplisant des médias, est, avouons-le, plutôt désagréable : bougon, absent, mystérieux, volontiers agaçant lorsqu’il affiche sa proximité avec Nicolas Sarkozy,…

Michel Houellbecq paraît particulièrement éloigné de la société dans laquelle il vit, au point de s’en soustraire dans des retraites qui peuvent durer plusieurs années. Cette image est effectivement appuyée à l’excès par l’auteur lui-même qui se met en scène dans son dernier ouvrage goncourtisé : « La Carte et le territoire », en ermite narcissique agoraphobe misanthrope mais néanmoins people.

Je ne peux pas m’empêcher d’aimer lire Houellebecq, et je pense que c’est dû à son style, à sa façon de narrer une atmosphère qui laisse tomber, qui baisse les bras, de manière si envoûtante qu’on a envie de se laisser aller à la contemplation de nos contemporains sans agir, sans rien faire : juste observer.

L’effet est assez contre-productif du point de vue du développement personnel : à lire Houellebecq, on devient las, mou, comme un junkie ayant trop fumé. Mais on aime ça, on s’en laisse bercer, on part à vau l’eau dans le flot calme et absurde de ses mots de la même façon qu’on se laisse emmener par une chanson lascive de Radiohead. Alors quand on en vient à en proposer la lecture son entourage, on passe pour un gros pervers tant certaines parties de son œuvre peuvent allègrement être qualifiées de pornographiques. On passe également pour un être déséquilibré car son écriture est déséquilibrée, les sujets sont déroutants, les actions surréalistes et fantasques.

Alors pour tout dire, j’aimerais qu’on le retrouve, juste pour avoir le plaisir d’encore une fois m’abandonner à la lecture de son prochain roman. Même si les ficelles sont grosses, même si le piège qui me sera tendu sera encore une fois le même, même s’il y a tant d’autres choses que les siennes à lire, qui font bouger, se révolter, s’activer, même si ça doit être contre mon gré, j’ai encore envie de lire, et de relire du Houellebecq.

Je n’arrive pas à ne pas aimer Houellebecq.

Photo Sipa

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4 Responses to “Je n’arrive pas à ne pas aimer Houellebecq”

  1. 15 septembre 2011

    MHPA Répondre

    Très bel hommage, je crois bien être dans une situation un peu équivalente, à son propos.

  2. 16 septembre 2011

    Ladyapolline Répondre

    Je suis pour ma part agressée par cet auteur … sans doute justement par son goût pour la pornographie qui, bien écrite ou pas reste du X… et ça, qu’est-ce que ça apporte ? Pour moi, la même chose qu’un exhibitionniste qui ouvre brusquement son manteau quand on le croise … J’ai pas besoin de ça pour me sentir une femme libérée et m’épanouir …
    Par contre ton biyé est bien écrit, comme d’hab.
    Belle journée

  3. 16 septembre 2011

    antennerelais Répondre

    Lu ses « Particules élémentaires » qui m’a paru un bon bouquin, ça tient la route. Avec les 2 suivants il exploitait la même « veine », mais de plus en plus laborieusement (on commençait à sentir un « truc » ou procédé pour feignant en mal d’inspiration). Le 2ème de ces 2 suivants je l’ai pas fini (me rappelle plus des titres).

    PS. Un bon bouquin d’un auteur vivant c’est rare, les « Particules élémentaires » méritent le succès. Mais barouf médiatique totalement disproportionné. Un autre bon bouquin d’un auteur vivant, « Authentiquement français » de Bruno Roger-Petit, quasiment personne n’en a parlé. Si on compare les 2 bouquins on est obligé de conclure qu’il y eut énorme opération publicitaire pour « lancer » le Houellebecq (et Houellebecq lui-même), tel un « chanteur de variétés » dans les années 70.

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