Le marketing électoral de François Bayrou, entre stratégie et positionnement

Le dernier discours de François Bayrou en dit un peu plus long sur la stratégie et le positionnement qu’il va probablement tenir durant la campagne. Stratégie, car il se retrouve dans une situation plus difficile que prévue, avec un certain tassement dans de nombreux sondages. Positionnement, car son discours, assez différent d’il y a cinq ans, laisse songeur sur ses convictions.

François Bayrou met beaucoup l’accent sur les défauts de la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais on remarquera que c’est à chaque fois pour en critiquer la méthode, la morale et les dérives. Cela, on ne peut pas lui en tenir rigueur. Mais les critiques vont rarement vers le fond, vers la philosophie économique de la politique actuelle de la droite : ce qui est en cause, ce n’est pas vraiment ce qui est fait, mais comment c’est fait.

Prenons la réforme des retraites : elle doit être prolongée. Règle d’or : elle doit être instaurée. Rigueur : elle doit être renforcée. TVA sociale : il faut aller encore plus loin. La forme et l’esprit sont certes différents : Bayrou ne cherche pas à diviser les Français, il met tout le monde au cœur de son projet humaniste, mais il reste le garant d’une vieille tradition libérale qui a aujourd’hui montré ses limites.

Il y a de la stratégie là-dedans, et un positionnement – deux termes liés au marketing – car aujourd’hui et contrairement à 2007, ce n’est pas à gauche qu’il peut grappiller des voix, mais à droite : son salut viendra du rejet de Nicolas Sarkozy dans son propre camp, et sans faire campagne sur des thèmes chers à la droite, il n’a aucune chance. Il y a une inconstance, non pas dans les alliances électorales – cela, c’est de la petite politique qui n’intéresse personne – mais dans le discours, dans le programme. Quelqu’un qui aurait adhéré à Bayrou en 2007 ne s’y reconnaîtrait plus aujourd’hui. C’est à tel point que la Vème République, qu’il proposait de jeter à la poubelle il y a 5 ans, est aujourd’hui simplement corrigée à la marge, car l’héritage du Général De Gaulle ne doit surtout pas être touché.

Trois questions peuvent donc être soulevées : va-t-il tenir ses nouvelles promesses ?; va-t-il mettre à l’écart du pouvoir ses anciens amis proches de Sarkozy ?; est-il digne de confiance ? Je crains que non soit la réponse à apporter à ces trois questions. Les centristes, c’est comme les tartines de confiture : ça finit toujours par tomber du mauvais côté.

Custin d'Astrée

Cadre financier, blogueur