C’est quand le bonheur libéral ?

Le libéral – ou ultra-libéral, ou néo-libéral, c’est au choix – nous explique depuis qu’il a pris le pouvoir dans le monde occidental que sa théorie permet aux peuples de s’émanciper vers un bonheur commun. L’analogie avec son compère marxiste ne s’arrête pas là, puisqu’il ajoute que si le monde ne vit pas aujourd’hui dans le bonheur le plus total c’est que la libéralisation des sociétés n’est pas encore complète.

Friedrich Hayek

Ça me fait un peu penser à une analogie, celle du croyant qui a faim. Les prêtres lui disent : « Si tu meurs de faim, c’est que tu n’es pas assez croyant, tu ne pries pas assez. Les vrais croyants, eux, ne meurent pas de faim ! ». Le croyant prie alors plusieurs fois par jour, mais il a toujours aussi faim. Les prêtres lui disent alors « Tu ne pries pas encore assez, et Dieu te punit en te donnant faim. Inutile de manger, prie plus ! ». Le croyant prie alors à longueur de journée, mais  a encore plus faim. Alors les prêtres lui disent « Tu ne pries toujours pas assez ! ». Ainsi, il se met à prier jour et nuit, mais la faim l’assaille encore plus. Je ne finirai pas l’histoire en vous expliquant qu’à ce rythme le croyant finit par mourir, mais en faisant remarquer qu’à force de se laisser pressuriser en nous promettant un bonheur qui n’arrive jamais, on va finir par crever.

Je m’associe donc à la lettre ci-dessous publiée chez  OcéaneMipmipAgnèsSeeMee,Seb MussetCSPMarcoDadavidovVogelsong,Intox2007DedalusChristianBah !? By CC , Gaël,NicolasJojoAlter OuebAltermonde sans frontières,galueldrclehmanncent papiersdalipasune Autre vie,dada vidov365 motscrêpe GeorgetteChristian LehmannHeaven can waitmes coups de coeurgnaffron,Gauche de Combat, et Malaberg et que je vous invite à diffuser si cela vous chante !

A l’attention de: Jean-Michel Aphatie, Jacques Attali, Christophe Barbier, Eric Brunet, Yves Calvi, Monique Canto-Sperber, Jean-François Copé, Arnaud Dassier, Sophie De Menthon, Michel Godet, Eric Le Boucher, Alain Madelin, Alain Minc, Hervé Novelli, Catherine Ney, Laurence Parisot, Jean Quatremer, Pascal Salin, Hugues Serraf, Guy Sorman, Jean-Marc Sylvestre, Pierre-André Taguieff, Yves Thréard, Agnès Verdier-Molinié, Laurent Wauquiez.

« Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.
Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…
Disons le net : nous sommes sceptiques.
Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :
Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?
Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.
Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes» parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.
Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?
Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées. »

Custin d'Astrée

Cadre financier, blogueur